La Femme stérile

Maurice Rollinat 1846 (Châteauroux) – 1903 (Ivry-sur-Seine)

Ses jupons troussés court comme sa devantière,
  Sous ses gros bas bleus bien tirés
  Laissant voir ses mollets cambrés
  À mi-chemin des jarretières,
  S’en vient près du vieux cantonnier
  La femme rousse du meunier :
  Cheveux frisés sur des yeux mièvres,
  Blanche de peau, rouge de lèvres,
  Le corsage si bien rempli
  Qu’il bombe aux deux endroits, sans pli,
  Cotillon clair moulant énormes
  Le callipyge de ses formes.
Voilà ce qu’elle dit alors au père Pierre
  En train de casser de la pierre :

  « Voyez ! si l’on n’a pas d’malheur,
  Et si n’faut pas que l’diab’ s’en mêle !
  J’suis pourtant un’ solid’ femelle,
  En plein’ force et dans tout’ sa fleur,

 
Eh ben ! yaura six ans à Pâques
  Que j’somm’ mariés, et q’tels qu’avant,
  Nous pouvons pas avoir d’enfant !
  Ça s’ra pour c’te fois, disait Jacques,

  Mais toujou sans p’tit le temps passa…
  Et qu’on en voudrait tant un ! Dame !
  C’est pas d’not’ faut’ ! l’homme et la femme
  On fait ben tout c’qui faut pour ça.

  J’ai fait dir’ des mess’ de pèl’rins,
  Brûler des cierg’ aux saints, aux saintes,
  Dans des églis’ en souterrains,
  Mais ouah ! j’suis pas d’venue enceinte.

  Les prièr’ ? les r’mèd’ de tout’ sorte ?
  Méd’cins ? Curés ? n’m’ont servi d’rin.
  J’suis tell’ comme un mauvais terrain
  Qu’on ens’menc’ ben sans qu’i’ rapporte.

  Et vrai ! C’est pourtant pas qu’on triche !
  Mais, des fois, vous q’êt’s’ un ancien.
  Si vous connaissiez un moyen ?
  Faut me l’donner ! mon pèr’ Pierriche.

  Alors, le vieux lâchant sa masse,
  À genoux sur son tas, voûté,
  Lui répond avec la grimace
  Du satyre qu’il est resté,

  La couvant de son œil vert brun
  Qui lèche, tâte, enlace, vrille :
  « Sais-tu c’que t’as à fair’, ma fille ?
  Eh ben ! faut aller à l’emprunt.

  Et la meunière aux yeux follets,
  Qui sait ce que parler veut dire,
  S’écrie en éclatant de rire :
  « Vous seriez l’prêteur, si j’voulais.

  Hein ? fiez-vous donc à c’bon apôtre !
  Mais j’veux pas d’vous, vieux scélérat !
  Et lui : « T’as ma r’cett’ qui pourra
  P’t’êt’ ben t’servir avec un autre.

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Submitted on May 13, 2011

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    "La Femme stérile" Poetry.net. STANDS4 LLC, 2020. Web. 3 Dec. 2020. <https://www.poetry.net/poem/27588/la-femme-stérile>.

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